Vertus thérapeutiques de l’écriture

Est-il vraiment si difficile de croire que les artistes mystiques et les penseurs visionnaires puissent avoir, à propos de la vie et de l’âme, des idées meilleures que les conclusions issues de la synthèse des données d’expériences menées dans les universités sur des échantillons choisis au hasard ? J’ai besoin de théories qui font bouger l’intellect, comme le peut faire l’art, non de théories qui figent nos intellects » (Hillman, 2005)

L’écriture est pour un moi un moyen simple, accessible pour tous ceux qui en ont la volonté, de toucher une part d’esthétique et de création agrandie à sa propre vie. Créer représente donc la restitution d’une manière originale, avec ce que l’on sent pour pouvoir rentrer en contact avec le monde externe.

La création à travers l’expérience esthétique représente un pont idéal entre nous et les autres. Paolo Quattrini. « Esthétique vient du grec aisthanomai, je sens. L’esthétique est la mesure de la qualité du ressenti, c’est la mesure du goût, et elle est donc indispensable à la qualité de la vie »

Ecrire devient alors un miroir aux multiples bienfaits, c’est une catharsis qui permet de déverser librement ses émotions sans jugement et sans autocensure, faisant un pont entre le conscient et l’inconscient. Puis le temps de la relecture ouvre vers une vision claire de son état émotionnel, et permet de s’en libérer. L’écriture est ici axée sur l’introspection et le questionnement intérieur. Elle permet de s’écouter et de laisser s’exprimer des parties inconscientes de soi.

On peut alors se servir de l’écriture pour :

  • Apaiser la souffrance morale ;
  • Diminuer l’anxiété et améliorer le sommeil ;
  • Raconter son histoire, partager avec les autres ;
  • Obtenir un dédommagement, une réparation ou une reconnaissance ;
  • Prendre du recul sur soi et comprendre ce qui ne va pas ;
  • Initier des changements dans son comportement ;
  • Développer sa créativité ;
  • Réaliser un projet.
Students with pointy noses. Leiden, University Library, MS BPL 6 C (13th century).

Différentes études scientifiques de psychologie ont démontré les différents impacts positifs de l’écriture.  

Notamment pour soulager les douleurs du corps, écrire régulièrement sur sa souffrance physique aide à se sentir mieux, à moins prendre de médicaments et moins voir le médecin. L’écriture expressive a un effet positif sur la tension artérielle et la fréquence cardiaque.

Cet effet positif se retrouve également sur les douleurs morales comme la dépression, écrire permet d’être attentif à ses émotions, de parvenir à les accueillir avec bienveillance avant de coucher sur le papier des événements durs, traumatisants, pour mieux les dépasser.

Les chercheurs supputent que « l’écriture de soi » favorise une forme de désinhibition individuelle et sociale. L’écriture permet de mettre des mots sur les émotions ressenties et modifie la mémoire de travail.

De plus, écrire permet de prendre du recul face aux stress du quotidien. L’écriture expressive permet d’améliorer la conscience et l’acceptation de soi, mais aussi de lutter contre les ruminations, les pensées négatives envahissantes, l’anxiété et les stratégies d’évitement (c’est-à-dire ces actions que nous mettons en place pour échapper aux facteurs de stress et qui peuvent considérablement compliquer nos vies). Cela permet de faire baisser la pression et renforce l’optimisme. 

Naturellement, apaiser les tensions favorise le sommeil, et aide donc à atteindre ses objectifs car noter est un premier pas, une forme d’engagement, parce que cela nous oblige à rationaliser, prioriser, et nous rappelle le point à atteindre.

Le point de vue des neurosciences 

Les études fonctionnelles cérébrales confirment l’étrange rapport des mots aux marques neurologiques des traumatismes émotionnels. Dans le cerveau de patients qui souffrent d’un syndrome de stress post-traumatique, le souvenir de l’événement s’accompagne d’une activation du cortex visuel ( » l’image inoubliable « ), et des noyaux limbiques responsables des émotions et de leurs manifestations dans le corps. Simultanément, le centre de l’expression du langage – l’aire dite de Broca – est désactivé. Tout se passe comme si la nature physique des souvenirs traumatiques dans le cerveau était incompatible avec les mots ( » Il n’y a pas de mots pour dire ce que j’ai vécu… « ). L’écriture modifie peut-être l’équilibre entre les différentes aires de représentation qui s’activent pour un souvenir donné. Redonner naissance aux mots semble aider les émotions bloquées à se diffuser et libérer les énergies intérieures.

Les bénéfices ne concernent pas seulement les individus dépressifs. Elle est aussi utile pour les troubles psychiatriques, au terme de leur thérapie. Cette fois-ci l’écriture prend le parti de se focaliser sur les aspects favorables de la vie quotidienne : les événements positifs ou les moments de bien-être, en mettant en évidence les compétences et les possibilités d’action du participant face à ces événements.

Les résultats mettent en évidence une atténuation significative de l’état dépressif. Il suffit pour les ex-patients de faire des exercices d’écriture d’une durée de 15 à 30 minutes, trois fois toutes les semaines, pendant quatre semaines, pour obtenir un résultat. De plus, les chercheurs ont confirmé que la pratique de l’écriture de soi permet de réguler plus efficacement les émotions. Le fait de devoir considérer les événements positifs récents permet d’élaborer des stratégies, de réévaluer des situations difficiles jugées autrefois particulièrement anxiogènes et insolubles.

Si le participant a recours à un grand nombre de stratégies pour résoudre un problème ou pour réagir face à une émotion intense, il sera en mesure d’identifier avec précision les différents facteurs de stress, et se montrera moins anxieux et moins agressif.

La pratique de l’écriture, orientée sur la reconnaissance et l’analyse des éléments positifs de sa vie, n’a pas que des avantages d’ordre strictement thérapeutiques. Elle peut être utile à tous.

Leiden, Universiteitsbibliotheek, BPL MS 111 I, 14th-century doodle.

La pratique du Carnet

Écrire et lire sont des activités de synthèse qui sont intimement liées et dans lesquelles la cognition et les émotions jouent un rôle important. Tenir un carnet est une véritable discipline. Et ceux qui s’y astreignent évitent de perdre le fil imprévisible des idées qui se présentent souvent de manière aléatoire et qui s’empressent de disparaître si elles ne sont pas notées.

Un carnet bien tenu risque de nous surprendre comme un creuset fertile duquel surgissent, s’il est bien nourri, des idées qui risquent de nous étonner. Un tel carnet recèle des solutions imprévues et insoupçonnées. Le carnet peut devenir le transcripteur de nos pensées. Et, comme on le sait, nous sommes constamment en dialogue avec nous-mêmes. Nous nous racontons des histoires.

Le carnet est un aide-mémoire, mais aussi un terrain pour revisiter nos idées, élaborer nos projets, confronter nos découvertes, dénicher de nouvelles idées ou simplement constater que ce que nous venons de réaliser n’est pas nouveau et fait écho à un concept que nous avions noté quelques mois, voire quelques années auparavant.

Car l’écriture est un fil de vie qui respire et bouge au fur et à mesure des évènements de la vie : les ruptures et les deuils sont des passages uniques et ils servent à changer de dimension, approchant des petites morts, ou des morts véritables. L’écriture en ce cas, serait de laisser filer ce qui vient, ce qui sort, un torrent de mots qui peuvent se dérégler, autant dans le vocabulaire que dans la syntaxe. Sans tomber dans l’écriture automatique, nous pouvons lever la censure du langage écrit et de ses codes. Nous pouvons laisser la rage, la colère, l’impuissance vivre son rythme et déformer, laisser déformer nos lettres.

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