Jeanne d'Arc

Jeanne d’Arc par les préraphaélites
Bande annonce de Jeanne de Dumont

WARWICK : Pourquoi pas ? Il faut toujours faire une fin. Je vais moi-même me marier.

JEANNE crie soudain d’une autre voix : Mais je ne veux pas faire une fin ! En tous cas, pas celle-là. Pas une fin heureuse, pas une fin qui n’en finit plus…

Elle se dresse et appelle :

Messire saint Michel ! Sainte Marguerite ! Sainte Catherine ! vous avez beau être muets, maintenant, je ne suis née que du jour où j’ai fait ce que vous m’avez dit de faire, à cheval, une épée dans la main ! C’est celle-là, ce n’est que celle-là, Jeanne ! Pas l’autre, qui va bouffir, blêmir et radoter dans son couvent ― ou bien trouver son petit confort ― délivrée… Pas l’autre qui va s’habituer à vivre… Vous vous taisiez, mon Dieu, et tous ces prêtres parlaient en même temps, embrouillant tout avec leurs mots. Mais quand vous vous taisez, vous me l’avez fait dire au début par Mgr saint Michel, c’est quand vous nous faites le plus confiance. C’est quand vous nous laissez assumer tout seuls.

Elle se redresse, soudain grandie.

Hé bien, j’assume, mon Dieu ! Je prends sur moi ! Je vous rends Jeanne ! Pareille à elle et pour toujours ! Appelle tes soldats, Warwick, appelle tes soldats, je te dis, vite ! Je renonce à l’abjuration, je renonce à l’habit de femme, ils vont pouvoir utiliser leur bûcher, ils vont enfin l’avoir leur fête !

WARWICK, ennuyé : Pas de folies, je vous en prie. Je suis très satisfait comme cela, je vous l’ai dit. Et puis d’abord, j’ai horreur des supplices. Je ne pourrais pas vous voir mourir.

JEANNE : Il faudra avoir du courage, petit gars, j’en aurai bien, moi.

L’Alouette de Anouilh.

Bien qu’ayant rencontré Jeanne d’Arc dans ma jeunesse, elle me parut trop galvaudée et éloignée pour la prendre en modèle, mon panthéon personnel préférant s’étoffer de personnages moins connus aux valeurs prégnantes ; telles étaient les pensées de ma prime jeunesse. Comme il en faut bien plus pour convaincre l’énergie cosmique qui a un message à faire passer, elle me renvoya Jeanne d’Arc que je rencontrais à nouveau, adulte, lorsque je l’ai jouée au théâtre dans la pièce d’Anouilh.

Ce drôle de rôle m’interpella : qu’avais-je donc en moi pour émaner une énergie qui rendait le personnage crédible ? Etais-je si proche d’une guerrière du Moyen-Age, moi qui étais plus portée sur les robes que sur les pantalons ?

Devant mon questionnement, mon ami et binôme de travail ne put s’empêcher de me poser brutalement la question : « Pourquoi jouer jeanne d’arc ? » Ce à quoi je lui ai répondu : « Est-ce une vraie question, ou c’est pour étayer la conversation ? »

Dans la mesure où c’était effectivement une vraie question, je lui ai répondu : « je suis la seule qui double sa Foi d’une origine modeste ». Par la suite, j’ai pris conscience de la complexité des enjeux identitaires de mon rôle et des parallèles possibles entre l’actrice et ce personnage historique. J’ai été fascinée par Jeanne d’Arc, femme inébranlable reliée aux mondes invisibles, m’ayant accompagnée dans ma quête spirituelle au travers de son époque, devenant une sorte de talisman. J’ai évidemment vu les films Jeannette et Jeanne de Dumont que j’ai énormément apprécié. Jeanne s’est ainsi ancrée définitivement comme sujet.  

« Il y a plus de preuve de l’existence de Jeanne d’Arc que de la tienne ! », comme vous l’entendrez dans l’interview jointe. Partant de ce fondement implacable, vous (re)découvrirez une des rares figures de Sainte dans notre culture, un personnage hors du commun.

Son armure m’évoque la déesse Athéna, protectrice de l’effort héroïque, déesse de la sagesse. Il y a beaucoup de représentation de Jeanne d’Arc, mais personne n’a peint son vrai visage. La technique moderne ne nous apprendra rien de ses restes, ses cendres ayant été dispersés dans la Seine pour empêcher son culte.

Sa mort n’a pas été crue pas ses contemporains, et longtemps on a pensé qu’elle reviendrait. Malgré que son corps eût été brûlé par trois fois, son cœur résista aux flammes, et devant l’impossibilité de sa destruction fut jeté dans la Seine par le Bourreau.  

Son histoire devînt un mythe, et m’évoque celui de Jésus, mort pour ses idées. Comme s’il fallait être prêt au sacrifice ultime pour faire comprendre à la communauté son évolution implacable, car une fois l’irréparable commis, il y a une prise de conscience et une transformation aussi grande qu’a été la perte.

Pour écouter l’interview de Gerd Krumeich (historien allemand, spécialiste de la Première Guerre mondiale, professeur émérite de l’université Heinrich-Heine de Düsseldorf, vice-président du Centre international de recherche de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne (Somme))

https://www.franceculture.fr/emissions/jeanne-darc-une-rencontre/jeanne-darc-enchainee

Pour retrouver l’intégralité de son procès et autres sources : http://www.stejeannedarc.net/

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